💰 Business·
18 août 2026
·
9 min

Anthropic dit être devenue rentable et négocie le rachat de Decart pour 6 milliards, avant une entrée en bourse visée à 2 000 milliards

Anthropic annonce un trimestre à l'équilibre ajusté et négocie le rachat de Decart pour 6 milliards, avant une IPO visée à 2 000 milliards. OpenAI, elle, perd 14 milliards par an.

YJ

Youssef Jlidi

Fondateur IA Pulsion · Praticien IA

Anthropic dit être devenue rentable et négocie le rachat de Decart pour 6 milliards, avant une entrée en bourse visée à 2 000 milliards

En bref

Le 15 août 2026, des documents transmis à des investisseurs révèlent qu'Anthropic a dépassé 11,5 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026, contre 787 millions un an plus tôt et 4,73 milliards au trimestre précédent, avec un résultat d'exploitation ajusté positif pour la première fois, estimé à environ 559 millions de dollars par des analystes, mais qui exclut la rémunération en actions et ne dit rien du bénéfice net : les pertes cumulées depuis 2021 sont estimées entre 10 et 15 milliards de dollars. Deux jours plus tôt, le 13 août, Bloomberg révélait qu'Anthropic négocie le rachat, pour environ 6 milliards de dollars, de Decart, startup israélienne d'optimisation de calcul valorisée 4 milliards en mai 2026, ce qui serait son plus gros rachat et le cinquième de l'année. Objectif affiché : préparer une entrée en bourse visée pour octobre 2026, après une levée à 965 milliards de dollars en juin, avec une valorisation cible qui aurait grimpé à plus de 2 000 milliards de dollars, un chiffre qui supposerait, selon des analystes cités par Fortune, des profits annuels de 59 à 79 milliards de dollars pour se justifier. En miroir, OpenAI, qui vise elle aussi une cotation autour de 1 000 milliards de dollars mais plutôt en 2027, anticipe une perte d'environ 14 milliards de dollars sur la seule année 2026, pour un chiffre d'affaires trimestriel d'environ 5,7 milliards au premier trimestre.

Un trimestre qui change le récit

Le 15 août 2026, des documents transmis à des investisseurs potentiels, relayés par Bloomberg puis Fortune, ont révélé qu'Anthropic a dépassé les 11,5 milliards de dollars de revenus lors de son deuxième trimestre 2026, contre 787 millions un an plus tôt et 4,73 milliards au trimestre précédent. Plus significatif encore : sur cette période, l'entreprise affiche pour la première fois un résultat d'exploitation ajusté positif. Deux jours plus tôt, le 13 août, Bloomberg révélait qu'Anthropic négocie le rachat de Decart, une startup israélienne spécialisée dans l'efficacité de calcul, pour environ 6 milliards de dollars. Ce serait le plus gros rachat de l'histoire de l'entreprise, et son cinquième de l'année.

Les deux annonces racontent la même histoire : Anthropic prépare une entrée en bourse, visée pour octobre 2026, avec une valorisation cible autour de 2 000 milliards de dollars, et elle construit, trimestre après trimestre, le dossier financier censé la justifier. Le contraste avec OpenAI, qui vise elle aussi une cotation à 1 000 milliards de dollars tout en perdant environ 14 milliards de dollars cette année, n'a jamais été aussi net.

Ce que « rentable » veut dire, exactement

Le mot qui circule depuis le 15 août mérite d'être précisé, parce qu'il recouvre une réalité plus étroite que ce qu'il laisse entendre. Le chiffre mis en avant est un résultat d'exploitation ajusté, une mesure qui exclut notamment la rémunération en actions versée aux salariés, l'une des plus grosses charges non monétaires d'une entreprise de la taille d'Anthropic. Selon des estimations reprises par plusieurs analystes financiers, ce résultat ajusté s'élèverait à environ 559 millions de dollars sur le trimestre. Ce n'est pas un bénéfice net au sens comptable classique, celui qui apparaîtra, ou non, dans le prospectus d'introduction en bourse attendu à l'automne.

Ramené à l'échelle de l'entreprise depuis sa création en 2021, Anthropic reste largement déficitaire : les pertes nettes cumulées sont estimées entre 10 et 15 milliards de dollars par des analystes spécialisés, et l'entreprise s'est engagée sur environ 80 milliards de dollars de dépenses d'infrastructure cloud d'ici 2029. Un trimestre à l'équilibre, aussi symbolique soit-il pour un laboratoire d'IA de pointe, n'efface pas ce passif. Anthropic elle-même a prévenu que cette rentabilité ajustée pourrait ne pas se maintenir dans les prochains mois, à mesure que les dépenses de centres de données s'intensifient sur la deuxième moitié de l'année.

Le résultat mis en avant exclut la rémunération en actions et n'efface pas des pertes cumulées estimées entre 10 et 15 milliards de dollars depuis 2021.

Six milliards de dollars pour faire tourner Claude plus vite

C'est dans ce contexte qu'il faut lire le rachat annoncé de Decart. Fondée en 2023 par les frères Dean et Orian Leitersdorf et par Moshe Shalev, la startup israélienne développe des logiciels qui optimisent l'utilisation des puces d'intelligence artificielle, pour réduire le coût du calcul plutôt que d'en ajouter. Sa technologie a aussi donné naissance à Lucy, un modèle de génération vidéo en temps réel utilisé notamment pour l'essayage virtuel de vêtements en ligne, et à Oasis, qui crée des environnements synthétiques pour l'entraînement de robots et de véhicules autonomes. Decart a levé 300 millions de dollars en mai 2026 auprès de Radical Ventures, Nvidia, Atreides Management, Valor Equity Partners et Adobe Ventures, à une valorisation proche de 4 milliards de dollars, elle-même en hausse par rapport aux 3,1 milliards d'août 2025.

Un rachat à 6 milliards de dollars représenterait une prime d'environ 50 % sur cette valorisation de mai. Les discussions, révélées par Bloomberg le 13 août, ne sont pas conclues et pourraient encore échouer. Mais la logique financière est limpide : Anthropic dépense environ 19 milliards de dollars en calcul sur la seule année 2026, et absorber la technologie d'optimisation de Decart avant l'entrée en bourse transformerait un pari sur l'efficacité future en une capacité déjà acquise, un argument que les banquiers chargés de la cotation pourront présenter aux investisseurs comme un fait plutôt qu'une promesse.

La course à une entrée en bourse à 2 000 milliards

L'introduction en bourse est le fil qui relie chaque annonce du mois d'août. Anthropic a déposé un dossier confidentiel auprès de la SEC début juin 2026, après avoir levé 65 milliards de dollars lors d'un tour de financement qui l'a valorisée à 965 milliards de dollars, dépassant pour la première fois la valorisation d'OpenAI. Les discussions internes évoquent désormais une cotation dès octobre 2026, avec Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley aux commandes, et une valorisation cible qui aurait grimpé à plus de 2 000 milliards de dollars.

Ce chiffre suppose, selon des calculs d'analystes cités par Fortune, des profits annuels de l'ordre de 59 à 79 milliards de dollars pour se justifier aux multiples habituels du secteur technologique, très loin des 559 millions ajustés d'un seul trimestre. Un épisode de juin rappelle en outre la fragilité de la trajectoire : le 12 juin 2026, le département du Commerce américain a imposé, puis levé dix-huit jours plus tard, des restrictions à l'export sur les modèles les plus avancés d'Anthropic, Fable 5 et Mythos, un épisode qui aurait pesé sur des projections de revenu annualisé alors autour de 100 à 120 milliards de dollars.

En miroir, OpenAI mise sur l'échelle plutôt que sur le profit

OpenAI, principal rival d'Anthropic, joue une partition inverse. L'entreprise dirigée par Sam Altman a elle aussi déposé un dossier confidentiel en vue d'une cotation, avec un objectif de valorisation qui pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars, mais son calendrier reste flou : une introduction évoquée dès fin 2026 aurait été repoussée vers 2027 selon des discussions internes rapportées par Reuters, et un porte-parole de l'entreprise a affirmé qu'une introduction en bourse « n'est pas notre priorité », ajoutant que l'entreprise n'aurait donc pas pu fixer de date.

Sur le plan financier, l'écart avec Anthropic est net. Les projections internes d'OpenAI, rapportées par The Information, anticipent une perte d'environ 14 milliards de dollars sur la seule année 2026, pour un chiffre d'affaires trimestriel qui atteignait environ 5,7 milliards de dollars au premier trimestre, avec un objectif annuel autour de 30 milliards. Cumulées sur la période 2023-2028, les pertes de l'entreprise pourraient atteindre 40 à 44 milliards de dollars avant un retour à l'équilibre espéré vers 2029. OpenAI mise sur l'échelle et la domination d'usage, ChatGPT revendiquait plus d'un milliard d'utilisateurs hebdomadaires dès juin 2026, pendant qu'Anthropic mise sur la démonstration, trimestre après trimestre, qu'elle peut transformer ses revenus en profit avant même d'entrer en bourse.

OpenAI anticipe une perte d'environ 14 milliards de dollars sur la seule année 2026, pour un objectif de valorisation en bourse d'environ 1 000 milliards.

Ce qu'il faut en retenir avant d'y croire

Deux lectures sont possibles, et elles ne s'excluent pas. La première : pour la première fois dans l'histoire encore courte des laboratoires d'IA de pointe, une entreprise du secteur affiche un trimestre où les revenus dépassent les dépenses d'exploitation ajustées, un jalon réel après des années où l'ensemble du secteur brûlait du cash sans distinction. La seconde, plus prudente : le mot « ajusté » fait porter beaucoup de poids à ce résultat. Il exclut la rémunération en actions, il ne dit rien du bénéfice net au sens où l'entend un investisseur boursier classique, et il arrive à un moment où Anthropic a un intérêt commercial évident à publier le chiffre le plus flatteur possible, quelques semaines avant de solliciter des investisseurs pour une valorisation qui a doublé en trois mois.

Le rachat de Decart, encore en discussion et susceptible d'échouer, illustre la même tension : transformer une promesse d'efficacité future en un actif déjà possédé, juste avant que des banquiers présentent le dossier à des investisseurs. Ni l'un ni l'autre de ces éléments ne rend la valorisation de 2 000 milliards de dollars automatiquement justifiée, et les calculs d'analystes qui exigeraient des dizaines de milliards de profit annuel réel pour la soutenir restent la meilleure boussole. Le vrai test n'aura pas lieu en août, mais dans le prospectus d'introduction en bourse attendu à l'automne, où le mot « ajusté » devra céder la place à des chiffres audités, comparables d'un trimestre à l'autre, et lisibles par n'importe qui, pas seulement par des investisseurs déjà convaincus.

tags :AnthropicOpenAIIPODecartrentabilitévalorisationbusiness IArachat

partager cet article